« Il » n’est jamais libre, si « il » (marié, bien entendu) y a

la relation difficile du dimanche

Et ça arrive fréquemment. Dans les parenthèses célibat ou dans les solitudes choisies délibérément, l'amour est incompatible avec le quotidien. Que l'on ait des principes en col Claudine ou que l'on ait déjà été échaudée par une aventure impossible avec un monsieur pris par ailleurs n'y change rien. Pourquoi se refuser des moments d'amour et de tendresse sous prétexte qu'un monsieur n'est pas libre. Cela n'a rien à voir avec la morale. L'amour-toujours et la fidélité, on y croit, on veut que ça existe, mais la vie en décide autrement. Il y a donc la vôtre de vie, quelqu'un avec qui vous passez des moments très agréables, et sur lequel vous investissez le capital d'amour que vous ne voulez pas thésauriser parce que vous êtes réaliste. Vous vous félicitez de n'avoir que les bons moments de sa personne. Ceux qu'il vous consacre par choix et non par obligation. Vous savez qu'il n'y a rien à en attendre et rien à en espérer, même s'il lui arrive de délirer et de vous demander patience. S'il est lucide et honnête, il vous a expliqué dès le premier jour qu'il ne « la » quittera jamais. Que vous lui apportez autre chose. Qu'on peut parfaitement aimer deux femmes à la fois. Tout cela vous a paru incompréhensible et fort injuste, peu conforme aux idées que vous vous étiez forgées, mais vous avez accepté. Ou bien vous savez qu'il n'est de toute façon pas l'homme de votre vie et que vous ne pourriez pas vivre avec lui. Vous l'écoutez parler en vous disant que la vie est une magicienne hors pair, et que tout peut basculer du jour au lendemain quoi qu'on ait décidé. En attendant, « il » existe et vous l'aimez. C'est aussi simple que ça.

Vous réussissez à dérober des moments pour le voir. Parfois une soirée ou une nuit. Vous aimez sa peau, son odeur. Ses bras semblent avoir été fabriqués pour vous entourer. Il est intelligent, drôle. Il vous aime pour ce que vous êtes, et pas pour ce que vous faites pour lui. Il ne vous demande ni petits plats ni intendance.

Tout cela est fort agréable à vivre. C'est votre secret. Il vous aide à supporter votre solitude.

Mais le dimanche, il n'est jamais libre. Et le dimanche, vous ne pouvez vous empêcher de vous demander ce qu'il fait, avec qui il est. Le dimanche, vous ne croyez plus à sa sincérité. Vous l’imaginez à regarder les photos de filles sur Tinder ou sur un site de rencontres adultères.

Vous le méprisez, vous lui en voulez. Vous avez beau comprendre que ses enfants ont besoin de lui, savoir que c'est un homme bien qui assume ses responsabilités, la réalité est que vous êtes seule et pas lui. Et que cette journée ouverte et sans sollicitations, vous l'auriez volontiers passée avec lui. Au lit, devant la télé, au cinéma ou dans un café. C'est le dimanche qu'on est détendue, disponible. Mais « il » est ailleurs. De toute façon, lundi vous lui ferez la gueule. Vous vous efforcerez de crâner et de lui répondre que vous avez passé une très bonne journée. Il saura que vous mentez, mais c'est la loi du genre. L'adultère passe par des demi-vérités et des compromissions pour se préserver.

S'il peut le faire, s'il vous aime vraiment, il a promis de téléphoner. Alors vous n'osez pas sortir de chez vous parce que vous mourez d'envie d'entendre sa voix. Vous espérez que, du fond de son confort, il a une pensée pour vous. Vous voulez la cueillir, cette preuve fragile que vous comptez à ses yeux et que vous n'avez pas inventé de toutes pièces une belle histoire là où il n'y avait que du désir ou de la compensation. D'un autre côté, vous n'avez aucune envie qu'il s'imagine que vous êtes à ses pieds. Vous ne voulez pas qu'il pense que vous passez votre vie à l'attendre. Ce serait trop facile pour lui de jouer, après. Même s'il n'est ni joueur ni dragueur, mais tout bêtement empêtré dans une famille qu'il a créée à une époque où il y croyait. Si vous sortez, vous allez le rater. Si vous restez dans l'attente et qu'il n'appelle pas, vous allez vous morfondre et vous étioler. Si vous êtes très courageuse, vous lui avez demandé, ou fait comprendre, de ne jamais vous appeler le dimanche. Pour ne pas osciller de la sorte entre l'espoir et la fureur. Et vous avez programmé votre journée sans tenir compte de son existence. Reste que votre main se tend malgré elle vers le téléphone. Tant pis, vous raccrocherez si ce n'est pas lui qui répond. Et si c'est lui, vous lui glisserez : « Fais comme si c'était une erreur. Je voulais juste entendre ta voix. » Et vous raccrocherez, frustrée mais contente quand même parce que vous aurez eu votre coup de téléphone, et que maintenant vous pouvez sortir en toute sérénité...

Conseil pour neutraliser ces allers-retours : faites-lui enregistrer une cassette. Si vous avez le jour du Seigneur tenaillant, vous vous la repasserez. Vous entendrez sa voix. Vous la réécouterez à satiété... Ou enregistrez-en une pour lui. Ou écrivez-lui une lettre. Rien ne vous obligera à la lui envoyer si vous la reniez demain. Mais cela vous aura permis de ne pas couper le dialogue. Et de penser à vos autres occupations et préoccupations sans angoisse ni regrets...

Une journée au lit

Tablettes de chocolat, baguette, magazines, bouquins, cigarettes, radio et télécommande à portée de main. Ou comment ' passer une journée au summum de la paresse. Grasse matinée, petit déjeuner au lit. Quoi qu'il arrive, vous serez absente au monde. Vous avez décidé de vous libérer de toutes les contraintes. De faire la morte. Merveille de s'étirer et de se dire qu'on peut traîner tant qu'on veut.

La journée coule, ponctuée de petites siestes, de coups de téléphone. Vous ne vous lèverez même pas pour faire la vaisselle ou mettre une machine à laver en route. Toute la fatigue et les tensions accumulées se diluent. Vous régressez, sciemment, jusqu'à retrouver les plaisirs de la petite fille qui faisait semblant d'avoir mal au ventre pour ne pas aller à l'école et pouvoir se prélasser au fond d'un lit trop grand pour elle. S'il fait froid, vous vous pelotonnez frileusement. Pour une fois, vous ne ferez rien. Ce qui s'appelle rien du tout. Le monde ne s'écroulera pas pour autant. Au contraire : les dimanches ont été inventés pour ça.

Vers 4 heures, vous avez rechargé vos batteries. Vous vous levez un peu. Parfaitement reposée, comme cela ne vous est pas arrivé depuis des mois.

Bon. Et maintenant ? Vous n'avez franchement pas envie de vous recoucher. Ces heures de sommeil vous ont fait le plus grand bien, et si vous restez encore au lit vous allez devenir folle. Vous êtes parfaitement détendue, mais paradoxalement crevée. Une fatigue éléphantesque vous habille de torpeur. Il faudrait quand même que vous alliez prendre l'air. Ou que vous parliez à quelqu'un. Le stress revient au triple galop. Vous vous demandez ce qui vous a passé par la tête de vous écrouler une journée entière, comme ça. Vous passez en revue tout ce que vous auriez dû faire, tout ce que vous auriez pu faire. Des monceaux de repassage défilent dans votre tête. Insidieusement, le vide que vous aviez recherché devient un néant que vous rejetez. Votre vie vous paraît morne, lente, sans intérêt. Vous avez débranché la machine et vous n'avez plus aucune envie de la remettre en marche, mais vous détestez cette sensation de vous sentir abîmée, ou en panne. Tout cela commence à mal tourner. Vous n'allez quand même pas vous mettre à pleurer ? Allons, allons. Un petit thé réparateur. Un petit sourire à la dame démaquillée qui vous regarde dans le miroir de la salle de bains. C'est l'heure de la bonne série américaine Parski and Touch. Continuez à somnoler. Demain, vous aurez une forme à tout casser. C'était le but de l'opération, non ? Courage, il ne reste plus que quelques heures à tirer !